L’Art des XVIII-XIXèmes siècles, les grands changements
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Denis Diderot (1713 - 1784) définit dans le « Traité du Beau » son rapport avec « l’entendement de chacun de nous » et son ami D’ Alembert (1717 - 1783) ajoute « il y a deux sortes de Beau par rapport à nous, le Beau réel et le Beau perçu. »

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J.A. Houdon : Buste de Mme Houdon, Musée du Louvre


Un bon rire cordial bien éloigné des sourires stéréotypés si fréquents dans les portraits du XVIII ème siècle, anime ce visage. Le sourire prend place dans la représentation des personnages. Jusqu’au XVIIème siècle, l’artiste évite de montrer les dents de ses personnages, lors du sourire qui est exclusivement labial.
La dent, symbole de force, de virilité, n’est représentée que pour simuler un sentiment agressif, de colère, de haine…
La dent n’avait un rôle dans l’esthétique faciale, qu’en tant que support de tissus. Elle participait, de par sa présence au modelé des tissus péri-buccaux et au maintien de la hauteur de l’étage inférieur du visage.

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E. Vigée-Le Brun : Autoportrait, Académie de St. Luc, Rome


En dehors de David, dans la seconde moitié du XVIII ème siècle, une femme-peintre de grand talent travaille à Paris, elle aussi gagnée par l’esthétique néo-classique, Elisabeth Vigée-Le Brun, portraitiste douée d’une fraîcheur de style naturelle et charmante.

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J.L. David : Madame Sériziat, Musée du Louvre


David est le grand représentant de la peinture néo-classique ; avec lui le retour à l’antique acquiert une valeur émotionnelle et culturelle précise ; il correspond au besoin nostalgique et passionné de retrouver un monde où l’Art, expression des plus nobles sentiments humains, avaient atteint des sommets jamais atteints depuis.

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Jean-Auguste-Dominique Ingres : Portrait de Mlle Rivière, Musée du Louvre


Deux canons de beauté se partagent ce siècle : Le stéréotype dominant, c'est celui de la féminité ronde et potelée, aux bras dodus, à la chevelure opulente et à la chair d'albâtre, à l'image par exemple des Vénus de Cabanel et Bouguereau.

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Auguste Renoir : Le Déjeuner des canotiers, Détail, Washington National Gallery


Le second, celui de la féminité maladive, de la troublante malade des nerfs, femme fragile et romantique, qui pourrait s'apparenter à Camille Claudel, et qui est menacée par l'hystérie décrite par Charcot. C'est aussi la belle malade du corps, la tuberculeuse pâle, comme Marguerite Gautier, la Dame aux camélias. Zola dans sa "Nana" ne manque pas d'exalter cette relation entre la féminité et la maladie réelle ou supposée. Cela ne se limite pas à la littérature : vers 1830-1880 dans la peinture, en pleine période du romantisme, des préraphaélites anglais, ont fait l'éloge de la pâleur, des joues creuses, des cernes sous les yeux.

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Camille Claudel


Les artistes et les poètes développent l'idée que la maladie permet de se distinguer du commun des mortels, qu'elle donne au visage une « étrange splendeur », qu'elle singularise la personnalité. La médecine vient renforcer cette tendance singulière. Les nombreux textes médicaux sur le sujet considèrent la femme comme une créature enchanteresse et fragile, à qui la nature a donné le pouvoir d'enfanter, et selon le commentaire de Michelet sur ses menstruations :« La femme subit même l'éternelle blessure d'amour ».

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J.A.D. Ingres : La Comtesse d’ Haussonville


«L’Histoire Naturelle» de Buffon (1707 - 1788) ne comprend pas moins de trente-six volumes; iI récuse toute physiognomonie prise dans son sens premier (première ère) mais, spiritualiste convaincu, il reconnaît qu’elle peut déceler les tendances morales et se régler sur le tempérament. Les yeux ont la priorité absolue (comme pour Porta) mais le nez et les oreilles ne sont pas oubliés. « Jusqu’ici l’Art était réservé à une caste. L’invention de la photographie va permettre à chacun de fixer ou de reproduire ce qu’il n’avait fait jusque-là qu’entrevoir. La plupart des gens n’ont alors jamais rencontré quelque chose qui ressemble, de près ou de loin, à un portrait, encore moins à une oeuvre. L’oeil est vierge. » N. Avril

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Philippe de Champaigne : Richelieu


Les peintres devaient réaliser des triples portraits (Richelieu) pour permettre à des sculpteurs (ici Francesco Mocchi à Rome) de réaliser la sculpture. Déjà l’enregistrement judiciaire était envisagé ! Confondre identité et physionomie : rêve tenace. C’est à la photographie que reviendra dans la seconde moitié du siècle le rôle de « pouvoir » enfin fixer l’instantanéité de l’expression et d’assurer la reproductibilité des visages. Très rapidement se mettent en place la photographie du portrait, la photographie médicale (Albert Londe), l’identification photographique des criminels, fabrication des visages anonymes et plus tard numériques, des portraits robots. La photographie va se développer et ce sera le d’autres perceptions du visage. En fait c’est la fin d’une histoire du visage.
Baudelaire avait une critique sévère de certaines applications photographiques qu’il condamnait.

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E. Carjat : Charles Baudelaire


« Chez nous, le peintre naturel, comme le poète naturel, est un monstre. Le goût exclusif du vrai opprime ici et étouffe le goût du beau » Tout ce qui s’écarte de la nature est dissidence. Pour lui l’Art ne peut être qu’une représentation exacte de la nature. Ainsi l’industrie qui nous donnerait un résultat identique à la nature serait l’art absolu dont Daguerre serait le Messie !
Cependant Baudelaire, s’il critiquait l’industrie du portrait, reconnaissait l’utilité de la photographie pour les sciences, les voyages, la sécurité de la société. Mais si le photographe « empiète sur le domaine de l’impalpable et de l’imaginaire, sur tout ce qui ne vaut que parce que l’homme y ajoute son âme, alors malheur à nous. » Ch. Baudelaire.
La photographie est bientôt en mesure de proposer son portrait à la plupart des citoyens. Coûteuse dans un premier temps et difficile d’usage, elle se démocratise peu à peu au milieu du XIX ème siècle. La dignité du visage, dans une société où l’individu prend le pas sur le collectif, devient le propre du citoyen et non d’une élite.
On ne peut pas passer sous silence le développement de la photographie à travers le portrait judiciaire qui a permis la pénétration de cette pratique dans toutes les couches sociales par l’évolution des procédés techniques : reproductibilité et fidélité au modèle.

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Bertillon : Anthropométrie, Préfecture de Police


Il est difficile d’obtenir en photographie un bon portrait, une image à la fois belle et ressemblante, et que cet art de faire le portrait ne peux s’acquérir que par une observation constante de la nature et par des travaux longs et patients. A condition de na pas vouloir en faire une industrie et considérer qu’il s’agit d’Art et que l’on cherche la Beauté, alors qu’importe le prix a payer.