L’Art des XVI-XVIIIèmes siècles, physiognomonie et civilités
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La physionomie est l’ensemble des traits du visage et l’expression particulière qui résulte de ces traits; la physiognomonie, quant à elle, est l’art de juger le caractère et les inclinaisons par cette inspection du visage. Si la première est bien connue, la seconde semble un mot barbare. Rien n’est plus regrettable: c’est l’art de connaître le naturel. Aucune loi ne peut malheureusement en être tirée et c’est là que le bât blesse. Ce n’est pas une science et elle n’existe pas réellement dans ce sens. Pourquoi donc l’étudier historiquement ? Pour la simple raison qu’elle est à la base de multiples travaux et de recherches tout au long des millénaires passés, que nous le voulions ou non.

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Métoposcopies de J. Cardan (1658)


La métoposcopie est une sémiologie de la marque. Ces signes sont gravés donc permanents et irréversibles. Ils accompagnent chaque individu de la naissance à la mort. Les métoposcopies sont au visage ce que la chiromancie est à la main. Chaque homme porte sur son front une sorte de “signature” divine, une marque. Effacer tout ce qui pourrait gêner la lisibilité de la région frontale. Jérôme Cardan (1501- 1590) consacre treize volumes (800 figures) à la métoposcopie : c’est la partie de la physiognomonie qui consiste à déchiffrer le caractère et le destin d’une personne... d’après les rides du front combinés à de savants calculs astrologiques.

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Métoposcopies de R. Saunders. (1653)


Véritable catalogue des physiognomonies astrologiques des XVI ème et XVII ème siècle. Soumise à la loi des astres, la figure humaine l’est encore à celle des hommes.
La marque astrologique est un stigmate social ; voire l’usage que pouvait en faire la justice.
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Carte astrologique des grains de beauté du visage. R. Saunders


Les règles d’interprétation sont arbitraires et ésotérique.
“La physionomie humaine” de Porta est basée sur une science du visage (fin du XVI ème) au détriment de la vision astrologique et une perception plus physiognomonique. Porta est un homme de la Renaissance. Il a illustré d’une iconographie un ouvrage sur les ressemblances entre le visage humain et les faces animales.
J.B. Della Porta (1536/40 - 1615) ouvre une deuxième ère en s’intéressant plus à l’expression du regard qu’aux multiples caractéristiques muettes qui dominaient les études précédentes (première ère).
Comme le pseudo Aristote il relève également les caractères attribués aux animaux et établit un lien avec l’homme intérieur.
Dans la physiognomonie de Le Brun un nouveau personnage entre en scène: l’organisme.
Pour Léonard de Vinci c’est une pseudo science liée au portrait mais sans que celui-ci soit contaminé. Il associe « la physiognomonie fallacieuse et la chiromancie car elles ne contiennent pas de vérité et cela peut être prouvé car ces chimères n’ont pas de bases scientifiques. Tout au plus une certaine curiosité... »

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Ch. Le Brun : Physionomies d’hommes et d’animaux, (1671) Musée du Louvre



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Ch. Le Brun : Etudes d’oeil, Musée du Louvre


Charles Le Brun (1619 - 1690) a comparé systématiquement la morphologie faciale de l’homme à celle des animaux mais contrairement à Porta il veut prouver que l’expression propre de la figure humaine fait sa supériorité.
Homère (-IXe s.) était excellent physionomiste et les sourcils étaient pour lui un repère important de par leurs mouvements.
Pieter Camper (1722 - 1789) cherche une corrélation entre l’angle facial ( angle occipital de Daubenton ) et l’intelligence dans l’évolution anthropologique.
Que le signe doive être construit n’est pas nouveau; mais il s’est abstrait jusqu’à ne plus être qu’une mesure chiffrée: l’angle facial est de 70 à 80° chez l’homme, de 58° chez l’orang-outan. La quantification des signes introduit à la continuité des espèces, qui se rangent selon l’ordre des variations numériques. Plus encore, il semble aux formulations de Camper que ce soit la variation continue des signes angulaires qui produise la diversité des espèces.

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L’angle facial, du singe à l’Apollon


« ...et suivant l’inclinaison de la ligne faciale, que j’orientais en avant, j’obtenais une tête qui tenait de l’Antique mais quand je donnais à cette ligne une pente en arrière,je produisais une physionomie de nègre, et définitivement le profil d’un singe, d’un chien, d’une bécasse à proportion que je faisais incliner plus ou moins cette même ligne en arrière. » P. Camper.

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J.K. Lavater : Crânes expressifs, B.N.


Johann Kaspar Lavater (1741 - 1801) philosophe suisse est de loin, à tort ou à raison, le physiognomoniste le plus connu. Le nez a dans ses écrits la part du lion. Malgré son succès foudroyant, il faut considérer objectivement son travail comme un recul dans l’évolution de la physiognomonie avant de voir percer au XIXe siècle la morpho-psychologie qui reposera sur des bases plus sérieuses. Ce volumineux traité reste néanmoins un régal pour les artistes..
Lavater cherche dans la charpente osseuse une naturalisation des caractères psychiques. La morphologie crânienne devient l’objet principal de ses recherches; la “crâniométrie” est l’avenir radieux du visage. Il veut établir une “science du visage” qui soit une science de l’homme sensible ; une alliance baroque du crâne et du sentiment.