L’Art du XVème siècle, du mysticisme au naturalisme
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Après tant de siècles de mysticisme, d’un art et d’une culture dominés, plus ou moins sciemment, par le sentiment de Divinité, l’homme est replacé par la Renaissance au centre de l’Univers.

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Donatello : Buste de Nicolas Uzzano, Florence


Le début du XV ème siècle fut pour la culture européenne une période d'épanouissement pendant laquelle les artistes des différentes pays à la fois absorbaient le naturalisme de la Renaissance et continuaient à développer l'approche émotionnelle de la peinture gothique du Moyen-Age. La recherche scientifique et le mysticisme spirituel coexistaient.
Au XV ème siècle, sous l’effet de facteurs distincts mais convergents (perspective, influence du néoplatonisme, mysticisme) le concept de la Beauté prend une double orientation que, nous Modernes, nous jugeons contradictoire mais que les hommes de l’époque trouvaient cohérente.
La Beauté est perçue comme une imitation de la nature selon des règles scientifiquement prouvées.

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Donatello : L’Annonciation, Musée de PalermePortrait d’inconnu, Galerie Borghèse, Rome


Pureté des formes et clarté géométrique. L’extrême habilité du dessin permet au peintre de réussir une perfection presque abstraite de l’analyse.
Représenter la Beauté du corps signifie, pour le peintre, répondre à des exigences tant théoriques (qu’est-ce que la Beauté, à quelles conditions est-elle connaissable ?) que pratiques (quels canons, quels goûts, quelles coutumes sociales permettent de dire qu’un corps est « beau » ?). Histoire de la Beauté. 2004 sous la direction de Umberto ECO. Flammarion.

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Jérome BOSCH : Le Christ aux outrages, Musée des Beaux Arts, GandDétail

...ou le « Portement de Croix avec Sainte Véronique. »

Une foule de personnages grotesques aux traits caricaturaux, se presse autour du visage très pur et très douloureux du Christ dont on ne voit que le visage au milieu d’un ensemble dense de visages grossiers et grimaçants. Le vice comme la bêtise, la cruauté comme la folie s’exprime ici avec une puissance hallucinatoire dans une vision proche du cauchemar. Ces images prises, dans le peuple déformées par la brutalité et les infirmités, inspireront plus tard Pierre Brueghel l’Ancien. Jérôme BOSCH , à la fin du XVème siècle , s’éloigne des hommes de la Renaissance. Dans le Portement de Croix, il exploite les malformations dento-faciales, les malpositions dentaires, pour augmenter l’agressivité de ses personnages et leurs disgrâces.
Hieronymus Bosch (1450 - 1516) passionne encore chaque jour peintres, psychologues, psychanalystes ... et alchimistes (?). Contentons-nous de rappeler «Le portement de croix» où seuls les personnages « nobles » ont un nez parfait, « L’escamoteur » où l’expression du filou contraste avec le spectateur benêt et « Le jardin des délices » qui nous montre deux énormes pavillons d’oreille réunis par une flèche les transperçant mais écartés par un impressionnant couteau, un diablotin enfonce de plus une aiguille dans l’un d’eux. Aucune explication n’a pu être trouvée.
Par opposition les personnages de Memling se distinguent par la retenue tranquille des attitudes, par l’intimité et le recueillement qu’ils expriment. Une douceur sentimentale émane des personnages.

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Hans Memling : Maria PortinariMetropolitan Museum, New York


Les peintres du Haut Moyen Age nous montrent des corps et des visages féminins effilés, maigres, rappelant la déchéance d’Adam et Eve. Ils expriment une dé-érotisation correspondant à la mise sous péché constante du corps; le corps humain est du ressort du théologique parce que créé directement par le divin, sans existence autonome ce qui empêchera toute connaissance réelle de l’anatomie du corps humain.

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Piero Della Francesca : La découverte et la preuve de la vraie croix, Eglise St. François, Arezzo


Piero Della Francesca, le montreur de visages impassibles est un peintre du XX ème siècle égaré au “Quatrocento” ( Bernard-Henry Lévy);
Il était un des portraitistes les plus appréciés de son temps. Le teint de ces personnages est souvent extrêmement pâle et souvent comparé à un masque de cire, mais cela correspondait à la fois à un certain canon esthétique et à la réalité. Amour des formes réelles, des colorations transparentes et sentiment de grâce calme et bienveillante donnent un charme très spécial à ses tableaux.
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Piero Della Francesca : Frédéric de Montefeltro, Palais Ducal, Urbino


Piero della Francesca peint sur le visage de Frederic l’expression d’un homme qui sait exactement ce qu’il veut. La forme du visage traduit le pouvoir, la force et l’autorité. La forme du nez est originale. Les découvertes nouvelles faites par les artistes italiens et flamands au début du XV ème siècle avaient éveillés des échos dans l’Europe entière. L’idée que l’art n’était pas limité au récit plus ou moins émouvant d’un thème sacré, mais qu’il pouvait réfléchir, comme un miroir, une part quelconque du monde visible, passionnait peintres et mécènes.
Botticelli peut nous surprendre par le contraste de ses sujets et l’expression de ses modèles. Ainsi dans le tableau de la Vierge à la grenade les visages sont allongés, le dessin de la bouche à la lèvre supérieure ondulée et exceptionnellement celle ci esquisse un sourire, ce qui est encore peu fréquent à cette époque.

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Sandro Botticelli : Julien de Medicis, BergameSandro Botticelli : La Vierge à la grenade, Détail


Par opposition le visage de Julien de Médicis est plus dramatique avec un prognathisme accentué et quelque peu disgracieux.

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Sandro Botticelli : La Naissance de Vénus, Détail, Galerie des Offices, Florence


La grâce dans le mouvement, l’arabesque musical de la composition rappellent la traduction gothique de Fra Angelico. Ajoutons que la disproportion du cou, par sa longueur, ne nous gêne pas car les libertés prises par Botticelli à l’égard de la nature, dans sa recherche de la grâce, ajoutent à la beauté et à l’harmonie de l’oeuvre parce qu’elles contribuent à nous donner l’impression d’une créature infiniment tendre et délicate.

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S. Botticelli : Déposition, Détails, Musée Poldi Pezzoli, Milan


Après ses fameuses beautés diaphanes et immatérielles, à peine marquées d’une vague mélancolie, Botticelli arrive à maturité. Un trait beaucoup plus appuyé, de violents contrastes de couleur et un pathétique parfois exacerbé caractérisent les dernières oeuvres de Botticelli.
Contemporain de Brueghel, Metsys est très influencé par L. de Vinci et la peinture italienne. Cette peinture nous oblige a nous poser la question du beau en général: « Le beau est-il en quelque sorte une perfection, c’est a dire d’essence divine ? » Quel est le rapport entre le beau, le divin et le sain ? La beauté n’est pas un gage de santé, pas plus que de laideur un signe de maladie mais c’est une construction sociale qui correspond aux canons les plus classiques d’association de beauté, de force, de jeunesse et de santé.

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Quentin Metsys : La vieille femme ou La Reine de Tunis,
National Galery Londres
Léonard de Vinci : Grotesque,
Windsor Castle, Royal Library