L’Art Egyptien, proche des dieux
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Il faut rappeler que cette période va durer quatre millénaires, soit les ¾ de l’aventure humaine. Elie Faure parlera « de l’immobilité de ce sol, de ce peuple dont la vie monotone occupera tout ce temps. » L’art égyptien est essentiellement un « art sacré ».
Le premier visage humain, un vrai visage est celui du Scribe accroupi daté entre 2600 et 2200 AV JC Bien avant il existait des artistes qui avaient reproduit dans toute sa gloire la figure des hommes et des femmes aux formes stylisées. Ces personnages étaient figés entre vie et mort, entre humain et divin. Trop grands, trop beaux avec leur tête de sphynx ou de pharaon, de dieu, de faucon. Le scribe, lui, a un vrai visage.
« La statue égyptienne n’exprime pas la spiritualité. Les oeuvres des Egyptiens montrent un sérieux privé de vie, un mystère impénétrable de sorte que le personnage représenté doit laisser voir, non pas sa propre individualité intime, mais une autre signification encore étrangère à lui. »
Hegel Esthétique PUF-Textes choisis
Le peuple égyptien est véritablement artiste, l’esprit encore retenu dans la réalité extérieure plus à l’aise pour façonner, manifester à partir des objets par intuition et non par la pensée. Leurs monuments malgré leurs proportions, leurs volumes restent muets et mystérieux.
« L’Egypte se caractérise par ce besoin et ce penchant impérieux de l’esprit qui, sans pouvoir se satisfaire, cherche a se manifester au moyen de l’art, d’une façon encore muette, a donner forme à l’intérieur, à prendre conscience au moyen des formes extérieurs appropriées, de sa vie intérieure, comme de l’intériorité en général. » Hegel.
Les pyramides résument, à nos yeux, l’image de l’art symbolique lui-même. Celles-ci contiennent quelque chose de caché : une belle enveloppe où l’art s’exprime.
Osiris, le dieu le plus populaire d’Egypte, représente l’homme et son histoire. La forme humaine commence a se perfectionner et a prendre un tout autre aspect. A cause de cette absence de liberté, d’éruption de l’esprit, la figure humaine reste sans véritable expression, sans sérénité, colossale, sérieuse, pétrifiée. Les bras, les jambes et la tête ne se dégagent pas du corps ; ils sont serrés, sans grâce sans mouvement et sans vie.

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Osiris, Musée du Caire



C’est à Dédale qu’est attribué l’art d’avoir donné le mouvement au corps.
L’art égyptien s’affirme dans la pierre dure a l’opposé du Scribe accroupi mais ces figures idéalisées révèlent ce que furent les critères esthétiques de cette population.

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Osiris, Horus et Isis, Musée du Louvre


Revenons à notre « Scribe accroupi » qui vivait à Saqqarah entre 2600 et 2200 avant JC.
Dans la société égyptienne les grands personnages avaient des têtes d’animaux, de dieu mais souvent pas de visage. Celui du scribe est habité par un regard droit et dur. L’iris est parfaitement circulaire et semble attentif à tout. Il est vivant.

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Le scribe accroupi, Musée du Louvre


Cette expression est due à l’astuce de son auteur, qui a enchâssé dans une bague de bronze une pierre blanche ( la cornée) incrustée d’un cristal de roche dont l’intérieur est évidé en pointe. Le cristal est poli à la surface de l’iris ce qui lui permet de réfléchir la lumière...et de laisser croire que son regard suit le déplacement du spectateur.
Les visages des Egyptiens des peintures répondent à des critères esthétiques idéaux ou codifiés mais sans correspondance avec la réalité, ils étaient semblables à ceux des dieux.
La notion de beauté est généralement rattachée à la notion de divinité.

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Néfertiti, Museum de Berlin


La classe sacerdotale puis la classe aristocratique vont au travers des rituels et cérémonies développer l’art du maquillage: khôl pour protéger les yeux (antimoine), onguent à l’oliban pour lutter contre la transpiration (térébenthine), fards aussi bien pour des raisons médicales, symboliques qu’esthétiques.
Les femmes disposent de libertés et les coutumes sont différentes et même opposées aux autres cultures civilisées comme la Grèce.

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Le prince Rêhotep et son épouse, Musée du Caire


Par convention l’homme censé affronter un soleil de plomb a une peau basanée et plus foncée que la femme, recluse dans ses appartements et cantonnée aux tâches domestiques qui, elle, gardait la peau blanche.
Si le temps a patiné les sculptures de diorite et de granit, il n’a en revanche guère épargné le lustre originel des oeuvres de calcaire : la plupart des figurines étaient parées de magnifiques couleurs et dorures que l’humidité et l’usure ont délavées, écaillées, ou bien effacées. Leur teint a pâli, leurs lèvres incarnates ont blêmi et l’éclat de leur regard incrusté de pierreries s’est éteint. Certaines pièces ont toutefois échappé à l’outrage des millénaires, le prince Rêhotep et son épouse Nofret en sont un exemple. Dans l’ancienne Egypte, le portrait fut sans doute plus sensible à l’évolution des modes que toute autre forme d’art, oscillant au fil des dynasties entre réalisme et idéalisme, pour les vivants comme pour les morts.
Sous le règne de Toutânkhamon les artistes, alors que le trait s’affine, que le Pharaon rajeunit affichant une expression plus reposée, plus sereine et une sensualité qu’on ne lui soupçonnait pas, s’affranchirent des formalismes, dépeignant des scènes de banquet où dans l’abondance et l’oisiveté, les corps féminins se dénudèrent.

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Fresque, British Museum


L’épisode amarnien fut le plus novateur de l’Egypte antique : la réforme religieuse radicale se traduisit également par une révolution esthétique. Les oeuvres de l’époque, empreintes d’opulence et de sensualité, fixent un nouveau canon de la représentation du corps humain.

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La reine Tiyi, épouse d’Aménophis III et mère d’Akhénaton, Musée du Caire


On ne décèle aucun air de famille entre Akhénaton et ses prédécesseurs ; en revanche tous ses sujets lui ressemblent étrangement.
Il présente une physionomie très particulière, quasi androgyne, visage allongé, prognathisme marqué, lèvres charnues, regard cerné…Est ce du réalisme, de la caricature,une stylisation proche d’une mode ou encore une convention ?
Les portraits étaient-ils fidèles à la réalité, à la tradition ou portaient-ils le germe de la révolution à venir ? La consanguinité ne peut être écartée.

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Akhénaton, Musée du Caire


Si le réalisme commençait à primer sur l’ idéalisation , rien ne laissait présager des difformités de l’héritier du trône.

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Aménophis III (mari de la Reine Tiyi), Musée du Caire


La physionomie du souverain a été reprise pour représenter la reine Néfertiti, les enfants du couple, ainsi que certains sujets.
Le buste de Néfertiti, plâtre polychrome, par son classicisme rigoureux constitue l’une des plus belles pièces de l’art égyptien.

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Néfertiti, épouse du pharaon Akhenaton, Musée de Berlin


Les plus pauvres sont dépourvus de soins corporels ou si peu... et absents de toute signification ésotérique. Les petites statuettes en ivoire qui représentent le fellah dans la vie quotidienne ont souvent les yeux cerclés de kôhl. Les crânes étaient rasés et surmontés de perruques. On peut choisir de garder ses vrais cheveux pour les friser ou tresser.

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Figurines (3000 avant JC), British Museum


Déjà la recherche d’harmonie et de proportions participait de la pratique artistique. Les règles de la représentation de la figure humaine et des corps étaient respectées.
Le maître décorateur composait son tableau sur une plaque de plâtre blanc,le quadrillait puis reportait son dessin préparatoire à la bonne échelle sur la paroi rocheuse ou la pierre de taille. Mise au carreau. Le canon des proportions était donné par une grille comptant 18 carrés des pieds au sommet du crâne, chacun correspondant à la largeur du poing du sujet. Longueur du pied: 3 unités; bras:5 ...etc Cette grille rigoureuse fut mise à mal sous Akhénaton qui imposa une grille de 20 carreaux étirant les silhouettes. Plus tard les Egyptiens porteront ce canon à 21 carreaux.
Pour Pythagore, du même siècle, rien ne peut être connu sans le nombre et l’harmonie est le résultat des contraires, l’unité des multiples, l’accord des discordances.

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Le scribe Hésiré


La taille et les différentes proportions du corps humain sont fixées par des canons chiffrés très précis. Le module de base est la longueur du doigt médius. Ici : 18 rangs de carreaux en hauteur. Les corps sont figurés selon une disposition arbitraire : la tête est de profil ainsi que les bras, les hanches et les jambes ; l’oeil, le torse et les épaules sont représentés de face.
La peinture égyptienne traditionnelle ne représente personne de face, parce qu’une telle pose offre la possibilité de son contraire, la vue de dos de quelqu’un qui s’est retourné et s’en va. Toutes les personnes représentées dans la peinture égyptienne sont vues de profil, le profil de l’Eternité, ce qui s’accorde avec le souci des Egyptiens de la parfaite continuité de la vie après la mort. Les peintures qui ornent les murs des tombeaux doivent « maintenir en vie » le futur occupant de la tombe.

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Buste de Néfertiti


Le grand maître sculpteur Thoutmès taille l'immortel buste de Néfertiti. Elle a 25 ans, elle est presque déchue, mais elle a un regard d'éternité. Symbole parfait de l’idéal féminin, traits harmonieux, mandibule bien développée, Nefertiti est aussi de notre temps.
L’immobilité de la forme caractérise l’art égyptien qui restera le même pendant 3000 ans.
« Les peintres et les sculpteurs sont, sans doute, les premiers à avoir mesuré le corps humain. Chaque époque depuis les Egyptiens jusqu’à nos jours possède son ou ses canons. Ils correspondent toujours à une certaine harmonie des proportions » Monbertrand H. Contribution à l’étude de l’esthétique faciale à travers l’histoire de l’Art. Thèse de doctorat.1982.
On clôturera ce chapitre en évoquant sommairement le maquillage, partie intégrante du quotidien des égyptiens.
La cérémonie du maquillage se déroule toujours après celle du bain, lorsque les belles sortent des mains de leurs esclaves, qui les ont frictionnées d'huile odorante et longuement massées. La préoccupation essentielle du maquillage égyptien est de mettre le regard en valeur. La première étape consiste à dessiner un large cercle vert qui entoure aussi bien l'oeil des femmes que celui des hommes (mais ce cercle a, avant tout, une fonction thérapeutique : cette pâte verte composée de collyre et de cristaux de cuivre, protège des affections microbiennes).

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La Parisienne (Knossos), Musée d’Heracleion


Fragment de fresque représentant une jeune prêtresse élégamment coiffée et fardée, d'où son appellation de "Parisienne", carnation claire, lèvres carminés nez retroussé et yeux noirs...