L’Art Grec, la forme et la beauté
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L’art grec évoluera beaucoup plus en 3 siècles que l’art égyptien en plus de trois millénaires. La transition se fera insensiblement au moment de la conquête d’Alexandre et le règne du Macédonien Ptolémée par l’arrivée de toute une colonie de Grecs à s’installer dans les villes et sur les riches terres du Nil. Puis d’autres populations ont suivi, juives, syriennes et même asiatiques. Les dieux égyptiens vont épouser sans manières les grecs et vice versa. Les artistes grecs et égyptiens échangent leurs techniques et plus particulièrement sur les visages, goût qui va se répandre dans toutes les couches de la société. Et les Romains, plus tard, seront conquis,à leur tour, associant leur image au pouvoir.

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Statue a identifier


Dans la Grèce antique la Beauté n’avait pas de statuts autonomes. Jusqu’au siècle de Périclès, les Grecs manquaient d’une esthétique et d’une théorie de la Beauté à proprement parler.
Dès l’Antiquité on a identifié la beauté au principe de proportion. Les Anciens, les philosophes présocratiques entendaient définir le monde comme un tout ordonné et gouvernés par une seule loi. Les Grecs ressentent fortement l’identité entre Forme et Beauté.
A propos de la Forme et de la Beauté, celui qui affirmera de la manière la plus explicite,en englobant dans un unique noeud: cosmologie, mathématique, sciences naturelles et esthétiques sera Pythagore avec son école (VI ème S. Av. J.C.).
Le principe de toute chose est le nombre. Avec Pythagore naît une vision esthético-mathématique de l’univers.
Euclide (-III ème S) fondateur de l’école de Mathématiques d’Alexandrie, constitue un maillon indispensable dans la chaîne de cette étude qui relie l’art égyptien, Pythagore, Vitruve et les proportions de Da Vinci et de Dürer. Sans Euclide, pas de proportions donc pas de traité de physionomie. L’idéal grec d’une beauté physique alliée à la spiritualité se retrouve dans le visage harmonieux du Diadumène.

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Polyclète : Le Diadumene (détail), Musée d’Athènes


Pour les grecs, ce n’était pas là seulement la parfaite réalisation de l’idéal esthétique, tel que Polyclète l’avait exposé dans ses “canons”, mais l’expression de l’idéal éthique selon lequel la beauté coïncide, par nécessité, avec la vertu.

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Polyclète :Le Doryphore


Application du premier traité théorique sur son art, le “Canon” que le sculpteur donna à la Grèce. La beauté , ambition suprême de l’artiste, y était mise sous la dépendance de “la symétrie de toutes les parties du corps, du rapport de ces parties entre elles et de chacune d’elles au tout”. L’oracle de Delphes disait “Le plus juste est le plus beau.”
Polyclète avait entrepris de démontrer, par une « statue dont toutes les parties seraient entre elles dans une proportion parfaite », quels sont les rapports de grandeur dans lesquels la nature a placé la perfection des formes humaines. Il atteignit si bien son but que la statue qu'il donna comme exemple et comme modèle fut considérée comme un chef d'oeuvre incontestable. La tête entre au total sept fois dans le corps, deux fois entre les genoux et les pieds, deux fois dans la largeur des épaules et deux fois dans la hauteur du torse. Comme dans toute société, toute culture, la beauté est toujours associée à des valeurs comme la mesure ou la convenance.
La célèbre statue en terre cuite découverte à Véies, près de Rome, représentant le dieu Apollon, constitue le chef-d'oeuvre de tout l'art étrusque parvenu jusqu'à nous. C'est l'oeuvre de Vulca, le seul artiste dont le nom nous soit connu.
L'image générale possède une ligne élégante et en même temps riche de force, d'où émerge le visage aux traits linéaires nettement géométriques et pourtant raffiné.

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Apollon Véies, Musée de la Villa Giulia, Rome


Pour Platon: « Le Beau n’a pas de formes sensibles » ( Le Banquet). Celui-ci serait plus séduit par les formes abstraites construites avec règle et compas que dans les images trompeuses des tableaux. Ce sont les ombres trompeuses de la caverne ... phantasmes vains comme ceux des miroirs.
Platon était séduit par la conception mathématique de l’univers.

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Buste d’Aphrodite, Musée du Louvre


L’art grec n’a pas suivi Platon aussi loin mais il en a gardé l’empreinte . De là son attachement à la proportion et à la mesure.

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Aphrodite de Cnide, Musée du Louvre


Le principe de proportion apparaît comme allusion symbolique et mystique. Pour les premiers pythagoriciens l’harmonie consiste dans l’opposition pair/impair ,droite/gauche, masculin /féminin, etc…
Pour Pythagore sont jugés beau: l’impair, la droite et le carré. Ils sont beaux et bons !
Les réalités opposées représentent le mal, l’erreur, puis V ème et IV ème siècle AV JC. l’exigence de symétrie qui a toujours existé dans l’art grec devient l’un des canons du Beau, de l’Art de la Grèce classique. A cela il faut ajouter la recherche d’une Beauté idéale en opérant une synthèse des corps vivants dans laquelle se manifeste une Beauté psycho- physiologique qui harmonise âme et corps, autrement dit la Beauté des formes et la Bonté de l’âme.
La beauté féminine est sous la tutelle d’Aphrodite : harmonieuse et douce, et de Pandore trompeuse et fatale.

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Cavalier Rampin, Musée du Louvre


Cette sculpture trouvée sur l'Acropole d'Athènes au XIX ème siècle, par le diplomate Rampin, l'anatomie semble beaucoup plus dessinée que modelée. Sa chevelure et sa barbe sont très délicatement travaillées.
Un perpétuel sourire anime les visages de l'époque archaïque. Il s'agit autant d'un emprunt à l'Egypte de l'époque que d'une solution technique pour rendre le bas du visage. Il ne s'agit pas de l'expression d'un sentiment car même les mourants sont représentés ainsi.
Des traces de couleur rouge animent les yeux, la chevelure, la barbe et permettent même de reconstituer une petite moustache.
Nous serions surpris de voir ces oeuvres, aujourd'hui délavées par un long séjour en terre, aussi colorées qu'elles l'étaient lors de leur création car, depuis la Renaissance et leur redécouverte, beaucoup imaginent l'art grec uniformément blanc !
La grâce et la sensualité de la figure témoignent du talent de l'artiste, qui maîtrisait parfaitement les nuances de modelé, travaillant presque exclusivement le marbre.
La tête est bien ronde, d'une forme intelligente et son visage exprime la perfection, la santé et la joie. Ses statues (ou les copies de celles-ci) sont pleines de grâce et de charme.

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Hermès de Praxitèle, Musée d’Olympie


La grâce et la sensualité de la figure témoignent du talent de l'artiste, qui maîtrisait parfaitement les nuances de modelé, travaillant presque exclusivement le marbre.
La tête est bien ronde, d'une forme intelligente et son visage exprime la perfection, la santé et la joie. Ses statues (ou les copies de celles-ci) sont pleines de grâce et de charme. Pour Praxitèle :

Le visage grec est généralement ovale et effilé au menton.
La caractéristique faciale grecque est une continuité entre le front et le nez.
La bouche grecque classique possède une lèvre supérieure ondulée et une lèvre inférieure mince et roulée.
Les lèvres peu plissées sont faiblement séparées pour montrer une animation. Le sillon labio-mentonnier est bien défini.

Canon de la beauté grecque.Les grecs utilisent les proportions et les canons de la beauté.Ils découvrent les rapports mathématiques des proportions qui vont leur permettre d’associer anatomie et rigueur de la forme.

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Platon, Aristote et Pythagore participent à la réflexion des créateurs grecs.Ce dernier a cherché les lois mathématiques de l’harmonie, et a découvert une relation d’harmonie entre deux parties.“La plus grande dimension est à la plus petite comme la somme de ces deux dimensions rapportée à la plus grande.” L’architecte Vitruve (-85 -26) écrit le premier traité qui parle des proportions de l’homme. Le visage, divisé horizontalement en trois parties, comprend le dixième du corps, la tête, divisée en quatre, le huitième. Pour Polyclète :L’artiste part de la figure humaine différenciée organiquement en torse, membres et parties de membres, et après coup, tâche d’établir comment ces parties se rapportent l’une à l’autre et toutes au tout.Les dimensions des figures sont toutes exprimées en fractions communes de la longueur totale.La tête est contenue sept fois et demie dans la hauteur totale du corps. Elle est aussi longue qu’elle est haute et large, représentant autant qu’il est possible la forme d’une sphère.

La hauteur du front, celle du nez et celle du bas du visage sont sensiblement égales.

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Vitruve, revisité par L. Di Vinci


Les bonnes proportions corporelles sont des fractions de la silhouette entière:
    - visage : 1/10 de la longueur totale.
    - tête :1/8.

Le réalisme anatomique et psychologique des portraits est un des traits les plus originaux de l’art hellénique.

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Tête Hellénistique (Bronze), Musée d’Athènes


Dionysos jeune est remarquable par son exquise beauté teintée de mélancolie. Les traits sont d’une douceur un peu mignarde et d’une délicatesse féminine.

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Tête de Dionysos, British Museum


Chef d’oeuvre de pénétration et d’idéalisation psychologiques:ses yeux éteints levés vers le ciel,le vieux poète se replie sur une vision intérieure qui illumine son visage de la lumière de la connaissance.

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Buste d’Homère, Musée de Naples


Tout en respectant la loi des nombres et les canons de la beauté les artistes grecs recherchent le naturalisme laissant au sculpteur la liberté de traduire les expressions humaines de la souffrance, de la vieillesse, de l’enfance et de la mort.

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Vénus de Milo, Musée du Louvrel’ Apollon du Belvédère, Musée du Vatican


On ne peut clore ce chapitre de l’art grec sans rappeler l’importance de ces deux extraordinaires sculptures qui mettent en évidence la beauté des visages dont Platon disait que le beau s’identifie au bien suprême : ce qui est beau est bon, et ce qui est bon est forcément beau.