Introduction
Avant de visiter les œuvres d’art qui illustreront mon propos, il est nécessaire de définir les principaux termes utilisés pour cette thèse.
Le terme Visage d’abord provient de l’ancien français Vis , «visage», et age (comme feuillage). Vis est issu du latin visus , «en apparence», d’abord «vue» : «faculté de voir, sens de la vue». C’est à la fois le sens de la vue et ce qu’on voit. Le visage est ainsi le lieu de la vision et la partie du corps vue en premier.
Visage, figure, face, tête : autant de mots pour décrire cette partie du corps humain, siège des organes sensoriels localisés : la vue par les yeux, l’odorat par le nez, l’ouïe par les oreilles, le goût par la bouche, la langue et le palais. Beau ou laid, le visage est le premier objet de l’iconographie humaine.

...


Expérience de Morris Desmond qui, par moyens informatiques, enregistre la direction des yeux suivie par un observateur qui regarde un visage. Les yeux et la bouche sont les «cibles» privilégiés. Le visage est l’une des parties du corps humain épargnées par les vêtements, sauf dans certaines circonstances rituelles ou religieuses. Tatouages, scarifications et piercings peuvent parfois rompre son intégrité.
«L’émotion esthétique résulte d’un face à face entre un visage qui joue le rôle d’un stimulus, et un observateur plus ou moins sensible. Elle se développe chez le second à l’instigation du premier.» J. Philippe.
C’est aussi l'une des parties du corps humain la plus exposée. Les guerres, notamment celle de 1914-1918, apportèrent leur lot de «gueules cassées» et obligèrent la médecine et la chirurgie à réaliser des exploits, ouvrant l’ère des restaurations chirurgicales et prothétiques pour ces visages détruits. Ces dégradations physiologiques et anatomiques étaient aggravées par le siège symbolique de cette partie de l’être humain.
Figure, mot empreinté au latin classique figura , «forme plastique», «représentation sculptée», d’où l’expression «Je connais cette figure-là» pour tête. C’est aussi la représentation d’un personnage humain à des fins esthétiques ou didactiques, d’où effigie, portrait, statue. Mais c’est aussi figura, formé sur le radical de fingere, qui signifie modeler dans l’argile.
. «Dieu ou homme, le créateur se sert du limon pour donner une apparence à l’être humain. Le visage en est la part la plus fragile et la plus exposée. «La plus nue» (Nicole AVRIL). C’est avec l’argile que fut dessiné le premier portrait en Corinthe par Butadès, potier et père d’une jeune fille amoureuse de l’homme qui partait. Celle-ci, éclairant avec sa lanterne le visage de celui qu’elle aimait et voyant son profil s’inscrire sur le mur, demanda à son père d’appliquer de l’argile selon les contours. Butadès cuira l’objet et restera le portrait d’argile. C’est le début de l’art figuratif.
La figure a un sens que par le mouvement qui l’a créé et sa présence est porteuse d’un sens.
Esthétique, mot empreinté au latin philosophique aesthetica, science de la connaissance sensible qui permet de juger du beau selon le philosophe allemand G. Baumgarten ; aesthetica du grec aisthéticos, «qui a du sentiment» dérivé de aesthanestal : «sentir». Science du beau dans la nature et dans l’art (Le Robert Culturel), conception particulière du beau, «du sentiment» de la beauté.
Grâce, gratia, terme empreinté au latin «faveur», «reconnaissance». Si ce mot est en priorité lié à ce qu’on accorde à quelqu’un pour lui être agréable sans que cela lui soit dû, à de la bienveillance, des faveurs en même temps que pardon et clémence, nous l’utiliserons comme plus proche de : charme, agrément qui réside dans les personnes ; attrait, grâcieux, beauté mais «La grâce n’est pas précisément la beauté ; c’est ce charme secret qui fait qu’elle touche et qu’elle attire.» (Dictionnaire de Trévoux). Disgrâce, mot empreinté à l’italien disgrazia, dis et gratia du latin gracia, «grâce» : manque de grâce, laideur, difformité, infirmité.

...
Raphaël : Les Trois Grâces Musée Condé, Chantilly

Les 3 Grâces qui personnifient le don de plaire : Aglae, Thalie et Euphtosyne, compagnes de Venus.
Laideur : personnification de la disgrâce, état de ce qui est laid. Difformité, disgrâce, hideur, monstruosité ; «Quand cette espèce de cyclope parut à la perfection de sa laideur, la populace le reconnut sur le champ et s’écria d’une voix : "C’est Quasimodo".» V. Hugo. Notre Dame de Paris.

...
Charles Laughton : Quasimodo dans Notre Dame de Paris