L'art du Moyen Age, la beauté spirituelle
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Au Moyen Age marqué par les différentes formes du religieux c’est davantage les concepts de pureté et d’impureté qui dominent du point de vue idéologique que l’apparence physique du corps.
Au Moyen Age, prédominent les figures pieuses ; la beauté exalte l’histoire sainte.
Cette période de l’histoire réunit des expressions artistiques contradictoires : la gravité, l’angoisse et le sentiment de culpabilité, surtout dans les oeuvres romanes et une recherche de pureté aux couleurs lumineuses, à la vigueur et la netteté du trait qui inscrit sur le visage des sujets les mouvements de leur âme. Les coloris violents, intenses et brillants sont toujours merveilleux.

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Le Jugement dernier, Cathédrale de Bamberg


Au Moyen Age on n’applique pas une mathématique des proportions à l’évaluation ou à la reproduction du corps humain. Priorité de la Beauté spirituelle. Les philosophes, théologiens et mystiques qui, au Moyen Age, se sont occupés de la beauté, avaient peu de raisons de se pencher sur la beauté féminine, parce qu’ils étaient tous hommes d’église et que le moralisme médiéval invitait à se méfier des plaisirs de la chair. Parfois la finesse inspirée des visages et l’élégance des gestes et des drapées se retrouvent dans certaines oeuvres comme ci-dessous.

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Ferrer Bassà : Les Saintes Femmes au tombeau, Monastère de Pedralbes


Ferrer Bassà auteur de fresque, a représenté des femmes aux visages d’une grande finesse, avec des gestes et des drapés élégants.
L’épanouissement de l’art roman, du XI ème au XII ème siècle est l’affirmation d’une société humaine qui, dans ses idéaux religieux et laïques, trouva la force de surmonter une longue période de crise.

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Art Roman : St. Savin et St. Cyprien, Eglise St. Savin s/ Gartempe

Fresque française avec influence byzantine


La peinture gothique existe sous forme de miniatures et de retables, tableaux religieux sur bois de plusieurs pièces, qui viennent pallier l'absence de fresques sur les pierres nues des cathédrales. La Vierge et le Christ jouent un rôle important dans ces retables. Dans les livres, c'est la vie des nobles qui est présente (chasse, vie courtoise, banquets...). La couleur, la lumière et la perspective sont caractéristiques. Les visages sont délicats, les corps allongés, les extrémités petites, les doigts longs et fins. Les femmes sont représentées avec une taille haute et fine, mais un ventre rond. En effet, il est à la mode de porter un coussin sur l'abdomen.

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Cimabue : Un Ange et St. François, AssiseGiotto : La Vierge de tous les Saints, Galerie des Offices, Florence


Cimabue sentit la nécessité de dépasser le rythme de la composition byzantine, essayant de rompre avec ces répétitions d’images froides et immatérielles, pour tendre à une expression vivante des mouvements de l’âme.
Pour la peinture, le grand renouveau vient de l’Italie et des recherches menées par des artistes comme Cavallini (Mosaïque de Sainte-Marie du Transtévère à Rome ), Cimabue et surtout Giotto, conférant à ses figures une véritable densité psychologique et les insérant dans un espace construit, traité en perspective.
Il faut fouiller dans ces tableaux riches en monstres et hommes difformes pour, par contraste, faire apparaître le Beau.

“C’est la Nature, pas le nombre, qui régit ce monde. Même les choses laides se composent dans l’harmonie du monde avec proportion et contraste. La Beauté, et ce sera désormais la conviction commune à toute la philosophie médiévale, naît aussi des contrastes, et même les monstres ont une raison et une dignité dans le concert du créé, même le mal dans l’ordre devient beau et bon parce que de lui naît le bien, et à côté de lui, le bien resplendit mieux.”

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P. Bruegel : La Chute des Anges Rebelles, Musée Royal de Bruxelles


Cette période lourde de mysticisme et de gravité empreinte de l’ombre permanente du péché n’a pas totalement effacée les expressions de gaieté et plus particulièrement du rire. Deux formules manifestent la contradiction suscitée par le rire au Moyen Age :
      « Le rire est le propre de l’homme » et
      « Le Christ n’a jamais ri »
Ces deux phrases manifestent la contradiction suscitée par le rire au Moyen Age, époque où la religion structure toute l’existence terrestre qui doit préparer au salut éternel, alors qu’une réalité charnelle ne peut évacuer la gaieté et le plaisir.
“Le rire est la faiblesse, la corruption, la fadeur de notre chair.
C’est l’amusette pour le paysan, la licence pour l’ivrogne…
Le rire libère le vilain de la peur du diable…” Le Nom de la Rose. Umberto Eco.
Le rire touche naturellement toutes les catégories sociales. Si le moine doit garder la plus grande modération pour exprimer sa gaieté,le prédicateur a recours a de plaisantes anecdotes pour réveiller des auditeurs plus ou moins attentifs.
Le rire semble étouffé sous l’influence monastique. A la fin du Moyen Age il apparaîtra débridé. Pour Philon le Juif qui a vécu centenaire, est-ce grâce à sa recette du rire ? «Le rire peut être signe de folie mais l’hilarité peut se retourner comme signe de la sagesse le plus profond. Il peut être signe physique et visible de la joie invisible et de la pensée ».

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Ange Gabriel, Cathédrale de Reims


« La grâce idéale des figures angéliques se garde de laisser apparaître les dents,trop riches d’une signification qui tourmente le subconscient de l’artiste » Cherchève.
Jacques Le Goff a esquissé une chronologie du rire.
Première période : IV-X ème siècle,le rire est étouffé car l’exemple monastique semble prévaloir.Le rire est considéré comme une manifestation diabolique.
Seconde période: marquée par la “libération” et le ” contrôle” du rire dues notamment à l’influence grandissante des laïcs.
Puis le temps du rire “débridé”( de l’historien russe Bakhtine ).qui affirme ...à un triste Moyen Age succède une Renaissance libérée...Affirmation réductrice !
Pour en revenir au portrait, essentiellement symbolique, celui-ci doit répondre à plusieurs critères. En effet, l'héroïne est toujours décrite suivant un ordre immuable qui se fait toujours du haut vers le bas, en partant de la chevelure.
Le poète décrit d'abord les cheveux "de fin or [d'or fin], sor [brillant] et luisant" ; le front " clerc, haut, blanc et plain [lisse]" ; les sourcils "bien fais et large entrueil [bien dessinés et espacés comme il convient]" ; les yeux "vair [brillant, vif], riant, cler et fendu [bien dessiné]" ; le nez "droit et estendu [fin]"... Les oreilles qui rappellent sans doute celles du roi Marc et sa disgrâce physique sont un sujet tabou. On se souviendra des paroles du nain Froncin : "le roi Marc a des oreilles de cheval" (cf. Tristan de Béroul).
Chrétien de Troyes.
L'évocation du corps vient parachever ce tableau qui donne à voir la disposition harmonieuse des traits. En effet au Moyen Age, et jusqu'au début du XXè siècle, le visage hâlé est un signe de vilainie. Une femme de qualité se doit de ne pas exposer son visage aux rayons du soleil.
La décennie de 1380 marque une rupture entre les différentes techniques artistiques: la peinture connaît une évolution interne, suivant sa logique propre qui ne tient plus compte de l’architecture ni de la sculpture. La peinture de chevalet a conquis son autonomie. À certains moments, la sculpture cherche à s’en rapprocher. On a appelé cette période «gothique international» car il s'est diffusé en Europe à travers les commanditaires et artistes qui voyageaient beaucoup. Dans cette période troublée de la fin du siècle et de rapports difficiles entre les royaumes il est curieux de constater que l'art reste brillant, coloré et raffiné.
La recherche de la construction d’un visage idéal comme l’avaient établis égyptiens, grecs et romains revient auprès de certains artistes dont Villard de Honnecourt au XIIIème siècle.

...Recherche des proportions...


Villard de Honnecourt (XIIIe s.) ramène le visage au cercle, au triangle équilatéral, au carré et au pentagramme (pentagone aux caractères magiques). Le visage comporte trois hauteurs de nez tout comme pour Vitruve.
Epoque charnière qui va nous propulser vers l’humanisme. Apparition puis extension à toute l’Europe de ce mouvement artistique et culturel désigné sous le nom de Renaissance. Renouveau d’ intérêt pour le monde gréco-romain.