La Préhistoire, naissance de l’art, premiers visages
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Selon certaines hypothèses, les premiers signes de l’art semblent nés du hasard. L’homme préhistorique, ainsi que «l’homme sauvage» qui survit en Afrique ou en Australie, a éprouvé avant tout le désir de mettre sa marque sur les choses. De même que l’enfant a tendance à laisser sa trace partout où il peut la poser, que ce soit avec ses doigts dans le sable, la boue, avec ses mains sales sur les murs ou un crayon sur une feuille blanche ; de même que l’adulte qui laisse son nom sur le monument qu’il croise.

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Main négativeMains positives


Cette projection de l’individu portant sa griffe sur le monde extérieur révèle un des mobiles les plus fondamentaux qu’on puisse trouver à la source de l’art.
Il n’y a pas de visage dans les grottes préhistoriques. La préoccupation majeure est de se nourrir, de survivre.
Le Gravettien et le Périgordien révèlent une intense production de statuettes féminines ou de figurations en bas-relief. Beaucoup ont une forme losangique, la tête étant parfois absente ou très schématisée, de même que les membres inférieurs et les bras. Souvent, ventre, fesses et seins sont hypertrophiés. Une ampleur toute particulière est donnée aux caractères sexuels. A partir du Solutréen, et surtout avec le Magdalénien, la figuration humaine devient d'une plus grande variété. Les représentations féminines prédominent toujours, très stylisées, mais moins déformées et opulentes, que ce soit pour les gravures ou les statuettes. Les figurations masculines, elles, sont intégrées à des scènes de chasse et apparaissent souvent déguisées, avec des peaux munies de cornes ou des masques d'animaux.

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Art pariétal : Le sorcier de la grotte, Abbé Breuil. Ariège


Les Vénus
Ces statuettes ont été retrouvées dans plusieurs régions de la vaste aire européenne où s'épanouissent les civilisations du Paléolithique supérieur : France, Italie, vallées du Rhin et du Danube, Russie du Sud et Sibérie. Baptisées de noms imagés (Vénus Impudique, Dame à la capuche, Polichinelle, Vénus Hermaphrodite...), plusieurs présentent des caractères analogues. Les formes pour le moins plantureuses de certaines d'entre elles ont permis d'en faire le support d'un culte de la fécondité qui prête à discussion. Elles unissent étrangement figuration et abstraction. Symboles magiques puis religieux ?
Le premier visage humain connu à ce jour est celui d'une femme : une petite tête en ivoire de mammouth sculpté, haute de 3,5 centimètres environ et datant d'il y a environ vingt-cinq mille ans. La “Dame de Brassempouy”, du nom du village des Landes proche des Pyrénées où elle a été trouvée, remonterait en effet à l’époque du Gravettien, au Paléolithique Supérieur. Elle représente, dans un style réaliste en contraste total avec la Vénus de Lespugne, une tête de jeune femme soigneusement coiffée, presque un portrait si la bouche n’avait pas été omise. Et cette omission, compte tenu de la virtuosité du sculpteur, n’est pas un oubli. Elle donne à cette oeuvre un caractère troublant, énigmatique ou mystérieux, qui n’est pas étranger à l’attrait qu’elle exerce.

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Dame de Brassempouy, Musée de Saint Germain en Laye


Les arcades sourcilières, le nez et le menton sont bien en relief, les yeux en creux marqué, presque comme une fente, avec une pupille légèrement indiquée à droite. Sur la tête et retombant en arrière pour couvrir le cou : des lignes croisées. C'est ce qui a été interprété comme une capuche ; mais plus probablement s'agit-il d'une chevelure coiffée, par comparaison avec d'autres sculptures (Henri Delporte, "Brassempouy, il y a 20.000 ans, l'art"). Il n’y a que quelques visages humains datant de plus de quinze mille ans. Celui de la «Dame de Brassempouy» est reconnu comme le plus ancien, mais aussi le plus beau.
L’artiste qui a donné vie à ce visage ne pouvait pas savoir qu’il prouverait aux générations suivantes par son legs, mais aussi par l’intensité de son regard et l’intelligence de sa main, que beauté et sensibilité ne sont pas l’apanage de l’homme dit civilisé, mais font bien partie d’un archétype au dire de Platon (1) qui n’est la propriété d’aucune époque, d’aucun homme, si ce n’est celui de l’homme éveillé.

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Vénus de Laussel


Cette sculpture, qui conserve des traces d'ocre rouge, mesure 40 cm de haut. Elle est représentée de face, la main gauche sur le ventre, l'autre tenant une corne de bison à la hauteur de la tête, tandis que ce qui paraît être la chevelure tombe sur l'épaule gauche. Le visage est tourné vers la corne. L'adiposité des fesses et des hanches est nette et rappelle celle des statuettes. Idole de la fécondité ?
Longtemps, les visages furent inexistants ; seuls les symboles de fécondité et d’allaitement étaient présents jusqu’au moment important où l’art des premières figurations apparaît, figures grossières, ébauches de figures.
Plus l’être vivant s’élève dans l’échelle de la conscience, plus il tend à organiser les simples perceptions sensorielles, à y ajouter le sentiment de rapports établis entre elles. Les statuettes féminines ont un rôle religieux lié à la fécondité.

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Vénus de Lespugne, Musée de St. Germain en Laye


La plus célèbre est la Vénus de Lespugne, l’une des plus belles, des plus intéressantes Vénus. Cette statuette haute de 147 mm, taillée en ronde-bosse dans une pièce d’ivoire de mammouth, est conservée au Musée de l’Homme.
L’auteur semble avoir voulu tout ramener à l’arc de cercle, qui se rencontre dans la tête, les épaules, la poitrine, le bassin, les cuisses. L’ensemble paraît constitué de variations sur la courbe.

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AnonymeBrancusi


Figuration, abstraction… ou art contemporain ?



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Vénus de Willendorf, Musée de Vienne


La Vénus de Willendorf est une statuette en calcaire oolithique et mesure 11 cm de hauteur. Elle représente une femme nue, debout, présentant une forte obésité, les bras posés sur d'énormes seins. La tête finement gravée semble être entièrement recouverte de tresses enroulées, cachant ainsi le visage. Des restes de pigments laissent supposer qu'originellement la statuette était peinte en rouge.

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Statuette en ivoireMusée de Saint Germain en LayeStatuette Balzi Rossi


A une époque aussi ancienne que l’Aurignacien, l’homme apparaît également apte à saisir les caractères du réel et à dégager une construction plastique qui s’apparente aux recherches modernes.

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CrêteMarbre (Cyclades)


L’homme préhistorique donne sa marque en sculptant des formes qui sont des prises de possession.
Figuration et abstraction se mêlent.
On peut imaginer des oeuvres de Brancusi, Giacometti, d’Arp, de Modigliani...

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Statuette féminine (Paléo)Musée de Saint Germain en Laye  Niki de St Phalle : Nana, Stockholm



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Constantin Brancusi  La Muse endormie  Musée d’Art Moderne de Paris


L’Art nous apparaît inséparable de notre espèce. Il a existé du jour où l’homme a existé. Jamais peut-être n’a-t-il été si grand qu’aux époques où les hommes ne savaient pas, ne se demandaient pas ce qu’il était, ne soupçonnaient pas même son existence.